Un livre pour Le Refuge

En vue d’éléments récents, Le Refuge a besoin d’auteurs, d’illustrateurs et d’éditeurs pour sortir un recueil de textes sur l’homophobie. Alors je vais y mettre mon grain de sable et écrire un petit quelque chose pour les soutenir, parce qu’ils le méritent avec tout ce qu’ils font pour les jeunes.

Voilà un premier petit quelque chose…je vous donnerai peut-être quelques extraits en plus avant de vous donner l’intégral du texte (quand le recueil sera publié)

*

La première fois que je la vis, j’ai cru que le monde entier s’était arrêté autour de nous.

Peu importe que c’était le plus grand cliché qui soit, quand elle entra, c’est comme si rien d’autre n’avait d’importance à part elle. Pourtant, elle n’était pas belle. J’avais vu tellement de femmes plus belles qu’elle, notre monde en montrait partout. A la télévision, sur la couverture de magasines, et même si je regardais autour de moi tous les jours. Mais elle…elle avait quelque chose qui faisait que je ne pouvais pas détourner le regard. Pourtant il le fallait.

C’est une des règles non-écrites du transport en commun, après tout. On ne fait jamais de contact visuel avec des inconnus, aussi beaux qu’ils puissent être. On baisse le regard et on fait comme si les gens autour de soi étaient invisibles. Sinon, dans le meilleur des cas, on est pris pour des impolis; dans le pire, on peut trop laisser paraître de sa propre âme. Alors je fis comme la règle le voulait, et je baissa le regard. Par chance, ou par un petit jeu d’un dieu plaisantin, je pouvais toujours la voir dans le reflet de la vitre du RER.

 

J’avais toujours su que je n’étais pas comme les autres, et je sais que c’est un autre des grands clichés et pourtant celui-là est vrai aussi. Quand on arrive au lycée sans avoir embrassé un garçon alors que toutes nos amis ont au moins sauté ce premier pas, on sait qu’on est pas comme les autres. Quand on est comme moi, à avoir le regard plus attiré par Yukie Nakama ou Halle Berry que par Johnny Depp ou Brad Pitt, on se doute qu’on est différente de nos amies.

Je ne l’avais jamais dit, trop soucieuse de ne pas être trop différente des autres, soucieuse de rester à ma place au sein de mes amies. A l’âge où on commence tout juste à trouver qui on est, il n’y a rien de plus important que notre groupe, que de la façon dont les gens nous regardent et nous considèrent. Alors je passa toutes ces années à jouer la bonne copine, celle qui écoute les plaintes et les pleurs de celles qui en ont besoin, celle qui laisse passer avec un grand sourire les remarques sur son célibat, celle qui rit simplement et accepte avec bonne humeur les platitudes qu’on jette à son encontre.

« Il vaut mieux être seule que mal-accompagnée. »

« Tu as la chance de pouvoir papillonner et fréquenter plein d’hommes différents… »

« Tu es peut-être trop exigeante… »

 

Non. Non je n’étais pas exigeante, je voulais quelque chose de très simple, et qui semblait facile à trouver pour les autres : je voulais simplement qu’on m’aime. Je voulais qu’on me dise que tout irait bien, je voulais enfin savoir ce que ça ferait d’être embrassée.

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